Accident nucléaire et prise d’iode : ce qu’il faut savoir

  • Fonctionnement de la glande thyroïde

La thyroïde est une petite glande située à la base du cou. Dès la vie intra-utérine la thyroïde joue un rôle important en sécrétant les hormones thyroïdiennes qui jouent un rôle sur la croissance, le développement intellectuel, le métabolisme et l’humeur.

Pour fabriquer ces hormones, la glande thyroïde a besoin d’iode. Cet oligo-élément est naturellement présent dans l’eau et l’alimentation.C’est justement ce besoin en iode qui expose particulièrement la glande thyroïde lors d’un accident nucléaire. Dans ces circonstances, l’iode radioactif est libéré par le réacteur dans l’atmosphère.C’est lors de la respiration, qu’il va être absorber dans l’organisme et se fixer sur la glande. Il se concentre ainsi dans cet organe et l’irradie en engendrant des dommages qui pourront mener au cancer, surtout chez les jeunes (depuis les bébés in utero jusqu’aux jeunes adultes). Ce principe est d’ailleurs utilisé en médecine, bien entendu avec des quantités faibles et strictement contrôlées, afin d’éliminer sans chirurgie une partie de la thyroïde lorsque celle-ci est anormalement grosse et perturbe l’organisme.

  • Une prise dictée par des pouvoirs publics

centrale nucléaire

C’est en saturant la glande avec de l’iode non radioactif, que l’on empêche celui radioactif de s’y fixer. Voilà le principe sur lequel repose l’effet protecteur des comprimés.Cette mesure de protection est cependant à utiliser dans des conditions strictement définies. Les comprimés sont à prendre uniquement et immédiatement à la demande des autorités locales (En France, c’est le préfet). L’efficacité est maximale s’ils sont ingérés entre 1 heure avant le rejet d’iode radioactif et jusqu’à 24 heures après l’exposition. Pris trop tôt, l’iode inoffensif partira, et laissera la place à celui radioactif. Pris trop tard, il ne pourra pas déloger celui radioactif déjà en place. Cette fenêtre d’action de 25 heures est considérée comme suffisante par des instances compétentes en charge du réseau de distribution prévu en cas de problème.

En France et dans beaucoup de pays européens, cette mesure sera prise à partir de 50 mSv (unité : millisievert correspondant à 10-3 Sieverts). En sachant que le niveau de dose le plus faible détecté à ce jour pour un effet cancérigène avéré est de 100 mSv, soit le double de cette limite.Mais pour que la protection soit efficace, la seule prise d’iode ne suffit pas. Elle doit s’accompagner de la mise à l’abri et de l’évacuation. C’est pour cela que tout doit être orchestré par les pouvoirs publics, les seuls à disposer des données complètes sur la situation, notamment en ce qui concerne le moment de l’exposition, et à pouvoir informer et organiser massivement la population.

  • Inutile en France actuellement

Début avril 2011, compte tenu des données disponibles sur l’accident de Fukushima et de la distance qui sépare la métropole et même les Antilles du Japon, nous ne sommes pas susceptibles d’atteindre une dose qui nécessiterait l’ingestion de comprimés.**

  • En France, la limite réglementaire de la dose annuelle admissible d’expositions d’origine artificielle (sauf celles reçues à des fins médicales) est de 1millisievert (mSv). Pour les travailleurs susceptibles d’être exposés du fait de leur activité professionnelle, cette dose annuelle est limitée à 20mSv.

Par Aleksandra Bogdanovic Guillon

** Les mesures de radioactivité effectuées sur le territoire français sont disponibles sur le site de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sureté nucléaire) http://www.irsn.fr/FR/Documents/france.htm. Pour d’autres informations indépendants consulter aussi http://www.criirad.org/